Cloud souverain : où en sommes-nous ? 2


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Cloud souverain

 

Un tiers des entreprises françaises utilisaient le cloud en 2014*. Le premier frein à l’adoption de ces solutions ? La sécurité. Pourtant, cinq ans plus tôt, le gouvernement annonçait la création d’un nuage informatique à la française. Qu’en est-il aujourd’hui ? Nicolas Fonrose** est fondateur de Teevity, start-up spécialisée en Cloud Costs Analytics. Il est aussi intervenant pour ORSYS, et nous livre ses impressions sur la problématique du cloud souverain…

Quelles motivations ont poussé à la création d’un Cloud souverain ?

Si le Cloud Computing connaît un réel essor, les entreprises et organisations européennes demeurent pour la plupart méfiantes. Rappelons-nous l’affaire de l’espionnage de la NSA (Agence nationale de sécurité américaine) dévoilée par Edward Snowden. Aujourd’hui, nos matériels, nos logiciels… sont américains, et le stockage des données est, la plupart du temps, proposé dans les datacenters des principaux acteurs du Cloud (Amazon Web Services – AWS, Google Cloud, Microsoft Azure…) qui sont tous à capital américain et donc soumis, entre autres, aux lois américaines.

Dès 2009, l’État a donc pris la décision de bâtir un cloud à nationalité capitalistique française. Cet enjeu national fort implique une souveraineté technologique globale : avec le Cloud souverain, les serveurs, les hardwares, les logiciels… s’opèrent par des acteurs à capitaux français. De plus, les techniques de chiffrement sont issues d’acteurs connus, bénéficiant de la confiance de l’État français.

Un Cloud qui répond enfin aux besoins de sécurité des organisations ?

Plutôt aux besoins de « confidentialité » : on considère aujourd’hui que le niveau de sécurité offert par les principaux clouds garantit la sécurité des données. La confidentialité est donc une question qui dépasse cette notion de sécurité, notamment à cause des contraintes légales. En clair, chaque pays impose des lois qui peuvent porter atteinte à la confidentialité des données. Mais il vaut mieux être espionné par des acteurs « en qui les entreprises ont confiance »… Sur le fond, il s’agit d’un problème de compétitions entre les États-Unis et l’Europe. Le cloud souverain est en effet destiné aux entreprises et plus largement aux organisations qui veulent garantir la confidentialité de leurs données vis-à-vis de compétiteurs américains ou asiatiques dans le cadre de marchés très sensibles. Une problématique qui ne concerne pas la plupart des entreprises du Cac 40 implantées partout dans le monde.

En revanche, cela correspond à une réelle attente de certaines PME françaises, pour qui la construction de leur propre Cloud privé n’a pas de sens en raison de leur taille. Avec le Cloud souverain, l’État renforce considérablement son contrôle sur les données et permet aux entreprises de faire de même. Rappelons que lorsqu’on héberge ses données sur l’infrastructure d’une société à capital américain, le Patriot Act permet à l’administration américaine d’accéder à toute donnée stockée sur celui-ci, dans le cadre de procédures judiciaires.

En clair, les entreprises françaises qui n’ont aucun site outre-Atlantique, mais dont les données seraient hébergées sur un Cloud à capital américain courent le risque de voir certaines données révélées dans le cadre d’affaires judiciaires, même si ces données sont hébergées en Europe… Sans parler des problématiques d’intelligence économique soulevées par Edward Snowden ! Il est donc très important que des entreprises comme Thales ou Bull travaillent sur les techniques de chiffrement. Elles garantissent la souveraineté des données de certaines entreprises et administrations françaises.

Il semble que le Cloud souverain ait toutefois des difficultés à émerger…

Le projet gouvernemental, baptisé à ses origines Andromède, a fait grandir Cloudwatt (Orange, Thales) et Numergy (SFR, Bull). Aujourd’hui, les deux sociétés, avec des choix d’infrastructure différents, sont en effet en retard sur leur plan de marche. Outscale, autre cloud souverain moins connu, financé par Dassault Systèmes, offre des datacenters implantés aussi bien à Paris qu’à New York.

Le plus gros espoir dans le domaine du Cloud souverain serait peut-être l’offre du premier acteur de l’hébergement en Europe, au capital 100 % français, OVH. Sa capacité d’innovation – il propose d’ores et déjà une offre de cloud public innovante (RunAbove) ainsi qu’une offre Dedicated Cloud (offre de type VDC – Virtual Datacenter) qui connaît un grand succès commercial – et sa taille – 200 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 25 % lié au business cloud – lui permettent de concevoir un cloud d’une dimension suffisante.

Que faudrait-il, selon vous, pour que le Cloud souverain connaisse le succès attendu ?

Le vrai problème est qu’il existe trop d’infrastructures séparées, toutes trop petites. Il faudrait que les entreprises françaises renoncent à leurs projets de cloud privé pour opter pour un cloud public français. Car, le plus gros frein du cloud souverain est le manque de demande. Aujourd’hui, les grandes banques françaises sont en train de mettre en place leur propre cloud privé. Il serait préférable qu’elles aient la volonté de créer une sorte de « GIE cloud bancaire » afin de réaliser un cloud aux technologies souveraines. Et ce en s’appuyant, par exemple, sur les technologies de Cloudwatt ou d’OVH.

C’est notamment ce qui se passe aux États-Unis. En effet, le « Gov Cloud » d’Amazon est l’équivalent d’un Cloud privé pour l’État américain. Mais il repose sur la technologie cloud public d’Amazon. Cela permet de conjuguer les avantages liés à l’utilisation d’une technologie cloud public éprouvée aux besoins de confidentialité d’un État… Et cela crédibilise fortement l’offre d’AWS. L’équivalent en France serait une aubaine pour des acteurs comme OVH ou Cloudwatt.

Mais pour cela, l’État français, les grands groupes et les banques françaises devraient montrer davantage leur volonté d’aller dans cette direction… et ainsi offrir plus de crédibilité aux offres de cloud souverain.

Quelle attitude les entreprises françaises pourraient-elles adopter face à cette situation ?

Malgré toutes les problématiques évoquées, il est urgent que les entreprises françaises déploient des solutions sur des Clouds, y compris américains…  Car lorsque le problème de Cloud souverain sera réglé, et il le sera, il sera trop tard pour commencer la migration.

* Source PAC – via ZDNet.fr/chiffres-cles

** Nicolas Fonrose

Nicolas Fonrose est le CEO de la société Teevity qui offre une solution SaaS de Cloud Costs Analytics. Cette solution est utilisée par plusieurs centaines d’entreprises dans le monde majoritairement situées aux États-Unis, et grosses consommatrices du cloud, notamment celui d’Amazon.

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