Penser le digital « écoresponsable » pour une meilleure rentabilité 1


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Par Frédéric Bordage*

Une démarche qui a connu un véritable envol il y a plus de cinq ans, mais qui n’est toujours pas la priorité des DSI. En cause ? La peur des coûts… alors qu’une démarche rondement menée aboutit, pour les entreprises, à de belles économies. Frédéric Bordage, précurseur du numérique durable reconnu comme l’un des meilleurs experts Green IT en Europe, répond à nos questions…

Le numérique peut-il vraiment être « vert » ? Expliquez-nous ce qu’est le Green IT…

Le Green IT ou « Green for IT » est la rencontre entre le développement durable et le numérique. C’est une approche globale, une démarche d’amélioration continue qui vise à réduire l’empreinte économique, écologique et sociale d’un produit ou d’un service numérique. Le Green IT incite, par exemple, à allonger la durée d’utilisation des ordinateurs, à imprimer moins ou à revoir l’impact des logiciels qui nécessitent des serveurs. Bref, tout acte qui permet d’agir sur les trois piliers du développement durable.

Concrètement ?

Le Green IT va au-delà de la simple notion d’efficacité pour aller rechercher l’efficience. On ne répond pas à la seule question « Ai-je atteint mon but ? », mais à celle « Combien ai-je dépensé pour atteindre mon but ? ». On va donc chercher à réduire nos impacts sur l’environnement en pensant écoconception, et imaginer comment utiliser les outils informatiques pour réduire ces impacts.

Avec le Green IT, il s’agit d’aller à l’essentiel. C’est l’idée de frugalité développée par Pierre Rabhi. Prenons l’exemple des sites web écoconçus : leur interface graphique est travaillée afin de disposer du minimum utile, et de répondre aux besoins fondamentaux de l’utilisateur. Lors de l’expression des besoins, seules les fonctionnalités indispensables sont retenues, pour utiliser moins de lignes de code. Il faut savoir qu’en moyenne 60 % des fonctionnalités demandées par les utilisateurs ne sont jamais utilisées. C’est l’exemple de Google qui, à l’inverse de Yahoo dont la page est chargée en logos, images…, ne propose qu’un champ de saisie.

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Comment en est-on arrivés à cette réflexion ?

Dans les années quatre-vingt, les ordinateurs étaient peu puissants : peu de mémoire, microprocesseurs lents, etc. Il fallait optimiser chaque ligne de code. Puis, les progrès technologiques ont permis l’apparition d’ordinateurs très puissants et on a privilégié la rapidité de développement à l’efficience. La démarche Green IT est ainsi apparue au début des années 2000. Mais il a fallu attendre 2008 pour que les entreprises s’y intéressent sérieusement.

Aujourd’hui, la crise économique a donné un coup de frein aux projets, car l’environnement est souvent perçu comme un poste de coûts… Les entreprises craignent que la démarche soit trop onéreuse alors qu’elle est, à l’inverse, une source d’économies conséquentes. Prenons l’exemple de Facebook : le réseau social a réduit de moitié le nombre de serveurs nécessaires à son fonctionnement grâce à une démarche d’écoconception. Cela se traduit par des centaines de millions de dollars d’économie… et une empreinte environnementale divisée par deux.

Comment s’y prendre pour mettre en place une telle démarche ?

La direction des systèmes d’information (DSI) qui pilote ces projets joue donc un rôle déterminant. L’étape préalable est un bilan chiffré de la maturité et de la performance Green IT de l’entreprise. Il évalue précisément le retour sur investissement et les gains environnementaux de chaque projet pour construire un plan où les actions seront priorisées.

Malheureusement, seulement 10 % des entreprises débutent par cette étape : la plupart partent sur des objectifs faciles à atteindre, mais avec un faible intérêt pour l’environnement ou les finances de l’entreprise. L’extinction des postes de travail la nuit, par exemple. Pour réduire 80 % des impacts environnementaux, mieux vaut allonger la durée de vie active des ordinateurs. C’est également l’approche la plus efficace pour réduire le coût total de possession (TCO) des postes de travail. Le travail du consultant consiste donc d’abord à former, puis recadrer les démarches.

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Cela signifie-t-il que l’environnement n’est pas une motivation première pour les entreprises ?

Les entreprises sont prêtes à effectuer un effort supplémentaire pour préserver la planète, mais à la condition de faire des économies en même temps. Le Green IT est une démarche où l’on cherche à gagner sur les trois piliers du développement durable : économie, environnement et social. Les entreprises croient, à tort, que l’on s’intéresse uniquement à l’environnement. Il faut donc leur rappeler qu’une telle démarche réduit de 20 à 40 % les impacts environnementaux et, dans une même proportion, les coûts associés aux projets. Certaines entreprises ont même divisé par cent le nombre de serveurs qu’elles utilisaient, grâce à l’écoconception logicielle !

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