Risques et réglementations bancaires, où en est-on ?


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Interview d’Alexander Subbotin* de Renaissance Finance

Alexander Subbotin, vous êtes responsable d’une équipe Risque au sein d’une grande banque.

Quels sont les sujets les plus « chauds » du moment ?

A : Parmi les sujets liés aux risques et la réglementation, je mentionnerai d’abord la réforme de la mesure de risque de marché sur le portefeuille de négociation, connue comme FRTB (Fundamental Revue of Trading Book). C’est une revue profonde qui change les frontières entre trading book et banking book de la banque, modifie les mesures, les modèles et la façon dont ils sont validés. Ensuite le risque de contrepartie et la CVA, dont j’ai déjà parlé.

La nouvelle Directive sur les marchés d’instruments financiers (MIFiD 2), impose plusieurs contraintes aux acteurs professionnels qui doivent opérer sur les marchés financiers et les informations qu’on peut divulguer pour assurer la transparence des marchés. Puis les sujets autour du risque de liquidité et la gestion actif-passif (ALM). Sans oublier que les thèmes Bâle III restent toujours d’actualité – ceux dans les banques ne sont pas terminés.

banque3On parle beaucoup des impacts de la crise financière 2008 sur le monde de la finance. Vos formations incorporent-elles ses impacts ?

A : Absolument, surtout dans le domaine du risk management et de la réglementation financière. Pour donner un exemple, depuis quelques années déjà une des formations les plus populaires est celle qui présente les réglementations connues sous le nom des Accords Bâle III. Il s’agit des normes prudentielles destinées aux banques profondément modifiées après la crise. La façon dont les risques de crédit et de marché se traitent a changé. Par conséquent le risque de contrepartie a pris une importance accrue et le risque de liquidité, longuement négligé, est devenu central. En complément des formations générales, nous avons développé aussi des formations plus spécifiques sur chaque type de risque.

Ces nouvelles réglementations, sont-elles si importantes à l’échelle du système bancaire ?

A : Oui. Les exigences en fonds propres ont été renforcées, et ceci de façon non-uniforme pour les différents métiers. Plusieurs activités sont devenues moins rentables et ont été réduites ou fermées, d’autres se sont développées. Les métiers des risques sont en plein essor. Les effectifs des départements risques se multiplient par 3, voire 5 dans certaines banques. La sophistication des modèles internes de risques et des systèmes IT pour les implémenter est incomparable à celle de 2008.

Qu’est-ce qui vous amène à donner des formations en finance ? Comment trouvez-vous le temps pour cela ?

A : Je trouve simplement que cette activité est intéressante pour moi à la fois humainement et professionnellement. D’un côté, la formation est une excellente opportunité d’échanger avec d’autres professionnels et de comprendre leurs intérêts et attentes. De l’autre côté, rien ne permet de mieux structurer le savoir que la tentative de le transmettre dans une formation. Certes il est parfois difficile de trouver le temps, mais je pense que c’est un investissement payant à long terme. D’ailleurs, les autres formateurs intervenant pour Renaissance Finance dans le cadre du partenariat avec Orsys sont aussi des professionnels qui travaillent dans les institutions financières à plein temps – donc ils ont tous les mêmes contraintes.

Est-ce que les contenus de formations en finance sont étroitement liés aux problèmes sur lesquels vous et vos collègues travaillent au quotidien ? banque4

A : C’est l’objectif. Notre but, dès le début, était de créer des formations qui s’appuient sur la pratique. Il y a bien sûr des bases théoriques à enseigner, mais une formation professionnelle ne doit jamais se limiter à cela. Cela impose certaines difficultés dans notre domaine, où les pratiques de l’industrie financière évoluent rapidement en fonction de la réglementation et d’autres facteurs internes, ce qui oblige à revoir les formations tous les ans et parfois même plus souvent.

Selon les retours que vous avez, qu’est-ce que les participants aux formations apprécient le plus ?

A : D’abord le fait que des experts ayant une vraie expérience pratique dans les domaines respectifs dispensent les formations. Ensuite le fait que nous essayons d’aborder les sujets sous différents angles – métier, modèle et enfin systèmes IT. Beaucoup de participants à nos formations sont, en fait, soit des experts IT qui ont besoin des repères fonctionnels, soit, inversement, des financiers qui s’intéressent à la vision système.

Pour revenir à l’actualité, cinq – six années après la crise, constatez-vous que l’environnement réglementaire et les pratiques des banques commencent à se stabiliser ?

A : Pas vraiment, il y a toujours des développements profonds dans plusieurs domaines et les normes réglementaires continuent à changer. Certaines normes adaptées après 2008 ont été des solutions rapides et, comme le régulateur l’a ensuite reconnu, pas optimales. Celles-ci sont maintenant revues. Par exemple, une charge en capital au titre de variation de l’ajustement crédit connue comme la « VaR CVA »** a été introduite en 2011 pour capter l’impact du risque de contrepartie sur la volatilité des prix des produits dérivés.

Il s’agit donc d’une charge majeure qui a impacté la rentabilité des portefeuilles de négociation de toutes les banques. Des exceptions à la réglementation internationale ont été introduites au niveau de l’UE pour limiter les impacts sur l’économie réelle. Cette charge a donc créé des asymétries dans les charges en fonds propres. Elle est maintenant complètement revue pour faire partie du cadre général de mesure de risque de marché. Ce cadre général est lui aussi en cours de réforme.

Autant de sujets pour des formations d’actualité ! Merci Alexander.

** Value-At-Risk on Credit Value Adjustment

 

alexander* Alexander SUBBOTIN

Diplômé de Higher School of Economics de Moscou et des Masters Monnaie, finance, banque de l’Université Paris 1 et Modélisation aléatoire de l’Université Paris 7, titulaire d’un doctorat en économie et finance, il débute comme consultant dans une équipe d’analyse quantitative au sein d’un fonds de fonds. Fort de 8 ans d’expérience en finance de marché, il a travaillé sur des mesures de performance de fonds. Mais aussi sur des mesures de risques extrêmes et des stratégies de gestion quantitative de portefeuilles d’actions et de fonds de fonds.

Il a réalisé des projets en France, en Russie et en Italie pour de grandes banques internationales. Actuellement, au sein d’une grande banque française, il est en charge de la mesure du risque de contrepartie. Par ailleurs, il a plus de cinq ans d’expérience dans l’animation de formations sur la gestion des risques bancaires, les produits dérivés et l’économétrie financière pour Renaissance Finance dont il est l’un des fondateurs et aussi pour Orsys.

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