DevOps, un préalable à toute transformation numérique 2


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En faisant travailler de concert les équipes de développement et de production, DevOps vise à raccourcir les délais de livraison. Une approche qui rend les organisations plus agiles face aux nouveaux enjeux du numérique.

Même s’ils évoluent au sein de la même DSI, développeurs et responsables d’exploitation ont des intérêts contradictoires. Les premiers s’emploient à faire évoluer le système d’information et les seconds à le maintenir stable. Issus d’univers différents, ils travaillent généralement chacun dans leur coin, communiquant entre eux le moins possible.

Ce qui entraîne des incompréhensions, des erreurs et surtout des retards dans la mise en production. Des frictions intenables à l’heure de la transformation numérique. A l’instar des Pure Players du Web, il s’agit de répondre aux injonctions marché en raccourcissant le cycle de sortie des produits.

Mot-valise, DevOps vise à casser ces silos et à améliorer la collaboration entre les « dev » et les « ops ». Avec ce mouvement né du terrain en 2009, les équipes partagent un certain nombre de bonnes pratiques et d’outils logiciels afin de fluidifier et accélérer les processus de mise en production.

« Si le nom est récent, les bases sont anciennes, rappelle Alain Sacquet, consultant depuis plus de vingt ans dans l’optimisation du fonctionnement des DSI et formateur chez ORSYS (*).
DevOps réalise une transposition parfaite des principes et des procédés du Lean Manufacturing à l’IT. »

Un même objectif, différentes approches

Quelle définition donner à DevOps ? A ses yeux, ce n’est ni une norme ni un référentiel formalisé. « Une fois dépassée la présentation initiale qui consiste à dire que DevOps vise à rapprocher les équipes de développement et de production pour plus de réactivité, des organisations peuvent avoir des visions différentes de l’approche et ne pas emprunter les mêmes chemins pour y arriver. »

Deux tendances se dégagent ainsi. Certaines organisations vont s’inspirer des méthodes de travail des Pure Players du Web, à l’image d’Amazon ou de Spotify qui ont popularisé les « features teams ». Ces équipes pluridisciplinaires réunissent le développement, le design, le métier, les tests, la production. « Organisées par application, elles vont du build jusqu’au run. La même équipe développe, fait les tests de non-régression puis déploie dans la foulée sans arrêt de service.»

Un changement de paradigme pour la DSI traditionnellement organisée pour répondre au cycle de vie d’un projet avec son bureau d’études, la qualification, les tests, la recette… Ce qui lui permet, aussi, d’externaliser tout ou partie de ces activités silotées.

devops1D’autres entreprises n’iront pas jusque-là et retiendront avant tout la culture de partage et collaborative de DevOps. Elles procéderont aussi à l’automatisation des processus de développement, de livraison, de tests afin d’éliminer, le plus possible, les actions manuelles répétitives.

Qu’elle vise l’une ou l’autre de ces modalités, la transformation de la DSI peut s’effectuer de façon plus ou moins radicale. « Soit DevOps entraîne une remise en cause organisationnelle, avec tous les dégradés possibles, avance Alain Sacquet. Soit il n’y a pas de changement d’organisation. Les études et la production restent chacune de leur côté mais on agit sur l’automatisation, les interactions entre les personnes. Des équipes mixtes sont montées le temps d’un projet mais sans être pérennisées. »

Incrémentation à maille fine

Entre ces différentes approches, il ne faut pas, selon lui, perdre de vue ce qui est au cœur de DevOps : livrer rapidement un produit fini. « L’idée est de tendre vers le besoin élémentaire le plus fin possible mais suffisamment complet pour que le métier puisse s’en saisir. Cette pratique rejoint celle utilisée dans le digital avec le Minimum Viable Product (MVP). Elle permet de voir si le marché répond à la proposition de valeur sans trop mettre d’argent sur la table. »

Cette incrémentation à maille fine s’oppose à la méthode dite « en cascade » (waterfall) qui consiste à livrer de gros paquets d’évolutions fonctionnelles en une fois. En ce sens, DevOps est dans le continuum des méthodes de développement agiles (Scrum, Kanban, XP…). « On s’éloigne des gros projets IT avec leurs gros lots de « specs », leurs gros développements, leurs grosses recettes applicatives et leurs grosses bascules. »

Cette agilité retrouvée permet surtout de réduire le délai de mise sur le marché (time to market).
« Un produit qui a été codé mais pas testé, ou testé mais non déployé s’entasse en pile. Pendant cette phase de latence, il ne crée pas de ROI. D’où l’intérêt de l’automatisation des mises en production applicative et d’une « coulée continue » des logiciels vers la production. »

Une bonne nouvelle pour les équipes IT

equipeITBien sûr comme tout chantier impactant l’organisation, DevOps entraîne, du moins dans un premier temps, de la résistance au changement. « L’absence de clarté suscite toujours de la suspicion, des tensions, des inquiétudes. » Il faut donc, selon Alain Sacquet, présenter une vision cohérente du projet puis se donner les moyens de la conduite du changement.

La DSI doit aussi répondre aux interrogations.
Les gens de la « prod » peuvent, en effet, se demander : « si ce sont les équipes de développement qui font la mise en production que nous reste-t-il ? ». Pour Alain Sacquet, les entreprises qui choisissent d’aller au bout de la logique DevOps sur certaines applications doivent rendre les « feature teams » responsables de la disponibilité des applications. Les équipes de production se concentrent alors sur l’infrastructure maison ou le Cloud, et s’impliquent dans l’automatisation des mises en production, de la gestion des environnements et de la plateforme de production.

« Il y a plein de nouvelles missions qui s’ouvrent, plus valorisantes que celles qu’ils exercent aujourd’hui ».
Dans le mouvement de la transformation digitale, DevOps est même, une bonne nouvelle pour les équipes IT. La démarche entraîne un mouvement de réinternalisation des compétences et un regain de proximité avec les métiers.

 

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SACQUETConsultant depuis plus de vingt ans dans l’optimisation du fonctionnement des DSI, il est ingénieur de l’Ecole Centrale de Lille. Il a travaillé comme directeur de production, mais aussi comme expert CMMi en charge d’équipes d’intégration et de qualification de système, à l’articulation des activités de développement et de production. Il s’est ainsi naturellement passionné depuis plusieurs années pour DevOps, nouveau cadre de ses interventions.

 

DevopsLivre

 

(*) Alain Sacquet publie, le 15 juin prochain, « Mettre en œuvre DevOps – Comment évoluer vers une DSI agile » aux éditions Dunod.

*Disponible à partir du 15/06/2016

 

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