Management 3.0 : mode d’emploi (2/2) 2


Le modèle « taylorien » où coexistent les chefs qui décident et les salariés qui exécutent est-il mort ? Toujours est-il que le manager 3.0 apporte un souffle nouveau à l’entreprise en recherche de compétitivité. Mais comment opérer un tel changement pour aller vers l’entreprise 3.0 ? Marie Desplats*, intervenante ORSYS, certifiée par l’institut Jurgen Appelo, explique…

Existe-t-il des processus spécifiques pour transformer l’entreprise en 3.0 ?

Marie Desplats : Le management 3.0 (lien sur article : Libérons l’entreprise !) est trop récent pour qu’on puisse le modéliser. Mais tout doit commencer par une volonté de la direction, lorsqu’elle accepte de lâcher les manettes du contrôle, du pouvoir et du reporting. Il faut donc un dirigeant audacieux et courageux, car il y a une large part d’inconnu. Puis il faudra supprimer les privilèges : places de parking, grands bureaux…

Outre les « processus », le socle d’une aventure réussie réside dans une bonne communication. À partir du moment où les règles sont supprimées, il faut donner les moyens aux collaborateurs de s’y retrouver. Il faut rassurer, libérer la parole, beaucoup échanger dans le respect, mettre en place des moments de convivialité et de véritable collaboration permettant à chacun d’apporter ses idées. Il faut une réelle transparence, et savoir utiliser l’information souvent abondante, dispersée dans les organisations… Identifier les valeurs de l’entreprise va permettre à chacun de retrouver ses repères.

Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain… Harley Davidson a ainsi mis dix ans pour se réinventer. Cinq années ont suffi à l’usine de la biscuiterie Poult, à Montauban. Alors qu’elle compte quelque 1 500 collaborateurs, elle a su progressivement supprimer tous les niveaux hiérarchiques. Aujourd’hui, les décisions financières sont prises collégialement avec des gens travaillant dans les ateliers, qu’ils soient cadres ou non-cadres, ouvriers ou ingénieurs.

Justement, vous accompagnez les entreprises à passer en mode libéré ou 3.0. Quels sont vos outils ?

M.D. : L’entreprise libérée n’aime pas trop les outils… Je dirais même qu’elle se bat beaucoup contre les mécanismes de l’entreprise standardisée. Les managers impliqués dans un projet d’entreprise libérée ou 3.0 ont confiance en leur cerveau émotionnel. L’intuitivité a une grande place dans ce type d’organisation où l’itération est reine : elle s’engage, mais n’a pas peur de l’erreur, elle va expérimenter, si au bout de trois mois cela ne marche pas, elle réorientera son action. Et même si cela n’a pas marché, cela aura fourni du carburant pour se réorienter et continuer. C’est un processus d’itération permanente.

En tant que consultante, mon outil principal repose essentiellement sur l’intelligence collective. Ce sont bien les collaborateurs qui portent cette intelligence, que le consultant va faire s’exprimer. Alors que le collectif peut générer des guerres internes dans l’entreprise « traditionnelle », elle offrira ici plus de réactivité grâce au travail en groupes mixtes, certains jouant le rôle de candides.

Concrètement ?

M.D. : Je m’appuie sur les outils de l’agilité et du coaching. Traditionnellement, j’interviens en premier lieu auprès du comité de direction. Il faut souvent faire un gros travail en formation, coaching… pour supprimer toutes les rivalités existantes. Après six à douze mois, lorsque le comité de direction est bien aligné, que chacun a dépassé ses peurs, a fait le deuil du pouvoir, on peut intervenir au niveau des équipes en mettant en place l’intelligence collective et en s’appuyant sur la bienveillance. La créativité s’exprime, des idées sont extraites, implémentées. On explique pourquoi on en retient certaines, pourquoi on ne retient pas les autres. On met en place du peer coaching (coaching de pair), des comités de suivi…

C’est à chaque fois du « cousu main ». Certifiée 3.0, je me suis formée au mindfullness (conscience profonde) pour permettre aux gens de travailler sur eux, d’exprimer leur point de vue sans agressivité. L’approche nous fait renouer avec l’émotion et l’intuitivité.

Quelles sont les entreprises qui osent ce nouveau modèle de management ?

M.D. : Traditionnellement ce sont les start-up, plutôt dans le secteur informatique ou les entreprises profondément « digitales », d’où sont issues les méthodes agiles dont s’inspire le management 3.0. Les PME, où les décisions sont prises sur le terrain, sont souvent 3.0 sans le savoir. Mais si l’on pense que le management 3.0 est l’apanage d’entreprises de taille moyenne, je cite dans mon ouvrage* de grands groupes industriels de plusieurs milliers de salariés comme Michelin, implanté sur cinq continents, qui ont entrepris l’aventure.

Une usine est d’ailleurs en train de s’autodiriger. Le principe : une cooptation permet de décider qui est le leader. Ce dernier peut être révoqué à chaque moment, ou décider de partir parce qu’il n’en a plus l’envie ou la compétence. En parallèle, cela ne signifie pas que ces groupes ont abandonné le lean** : on peut organiser sans pour autant contrôler. Le management 3.0 est un fil rouge qui contribue à la bonne marche de l’entreprise depuis cinq ans, générant de l’enthousiasme chez les salariés et donc de meilleures performances.

Les résultats sont-ils immédiats ?

M.D. : On s’aperçoit que lorsque l’entreprise se restructure pour un management 3.0, les résultats ne sont pas immédiats. Il s’agit en effet de mettre en place non pas un changement organisationnel, mais bien humain. De ce fait, il faudra attendre jusqu’à dix-huit mois pour constater les résultats. Celles qui subissent des échecs sont celles qui paniquent pour reprendre le pouvoir. C’est vrai qu’au début de la mise en place, on peut avoir l’impression d’une organisation un peu catastrophique, mais quand elle persévère et qu’elle passe le cap des douze mois, l’entreprise gagne 10 à 15 % de rentabilité supplémentaire.

Envie d’en savoir plus ? Formez-vous !

Vous pouvez aussi suivre notre conférence gratuite :

Manager 3.0

» Strasbourg 25/04/17
» Nantes 16/05/17
» Sophia-Antipolis 08/06/17

Vidéo 

Relire aussi : « Manager la génération Y »


*Marie Desplats dirige le cabinet de recrutement Tetragora.com dans le secteur des NTIC. Certifiée manager 3.0 par l’institut Jurgen Appelo, elle a publié Manager la génération Y, en octobre 2011 chez Dunod et Libérez l’entreprise en octobre 2016 chez Eyrolles.

 


**Le lean management est un système d’organisation introduit au sein des usines Toyota.

 

Share

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Management 3.0 : mode d’emploi (2/2)

  • Torrents

    Bonjour,

    Article très intéressant sur le management 3.0 et l’intelligence collective.
    Nous cherchons également à révéler l’intelligence collective dans l’entreprise et c’est pourquoi nous avons créé une version digitale des méthodes de Problem Solving. Je vous invite à jeter un oeil sur cette solution et bien entendu à votre disposition pour en discuter ensemble.

    Bien à vous

    Patrick