Projet IA 3/3 : quels progrès pour la robotique aujourd’hui ?


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Projet IA 3/3 : quels progrès pour la robotique aujourd’hui ?

Le robot, un concentré d’Intelligence Artificielle

Pour interagir avec l’homme, un robot humanoïde fait appel à tout ce que peut offrir l’IA pour se doter de la parole, de la vue, de l’ouïe et du toucher. Un concentré d’intelligence qui fait appel à de nombreuses expertises.

L’Intelligence Artificielle est le grand sujet de discussion du moment, y compris dans le grand public. Il soulève des débats tant techniques que sociologiques ou éthiques. Pour autant, il est toutefois difficile de lui donner une représentation. Dans les médias, l’IA prend souvent la forme de robots humanoïdes comme les fameux Nao et Pepper de SoftBank Robotics.

Pour ressentir les émotions humaines et adapter son comportement à l’humeur de son interlocuteur, ce type de robot réunit un concentré de tout ce que peut offrir l’IA. Les technologies de reconnaissance faciale et de formes, de compréhension du langage, de reconnaissance et de synthèse vocales lui permettent de le doter de la parole, de la vue, de l’ouïe et du toucher.

La robotique fait appel à un grand nombre de domaines d’expertise

Pour Cédric Vasseur, expert en Intelligence Artificielle et robotique, conférencier et formateur chez ORSYS, « la robotique permet à l’IA de se frotter aux réalités du terrain. On sort de la théorie pour rentrer dans le concret. Est-ce que le robot accomplit correctement sa tâche ? Le feed-back est immédiat. »

Pour arriver à embarquer cette intelligence dans un environnement contraint, la robotique fait appel à un grand nombre de domaines d’expertise. La conception du robot puis sa programmation supposent notamment des connaissances en électronique, en mécanique et en informatique embarquée.

« Savoir à la fois souder des mini-composants et concevoir une IA est très rare. Un diplômé en électronique va se former à l’IA ou inversement un data scientist va se roder à la mécatronique. » Cette exigence explique, pour partie, le manque de vocations chez les jeunes diplômés et la pénurie de spécialistes, notamment en robotique industrielle.

Le robot doit ressembler à l’homme mais pas trop

Les progrès de la robotique ne sont toutefois pas aussi spectaculaires que le laissent imaginer certaines vidéos de Boston Dynamics comme celle-ci où l’on voit un robot courir, gravir une pente, sauter un obstacle. « Ces vidéos ne nous montrent que les fois où le robot a réussi, tempère Cédric Vasseur. Une telle prouesse suppose que le robot s’adapte au contexte en analysant son environnement puis en simulant le déplacement avant de passer à l’action. Nous n’en sommes pas encore là. »

En revanche, un robot est capable de trier des objets, détecter des anomalies. « Par facilité, nous nous représentons mentalement un robot anthropomorphique mais il n’a pas forcément besoin de bras ou de jambes. Il peut se déplacer plus facilement avec un système de chenilles. Le projet Asimo de Honda vient d’être arrêté. Bardé de capteurs, il ne fonctionnait plus s’il y avait un problème d’éclairage. »

Rendre le robot le plus humain possible ? Peut-être pas…

Rendre le robot le plus humain possible peut créer un sentiment de malaise, à l’image du japonais Hiroshi Ishiguro qui a conçu un robot à son image tel un démiurge. Avec sa théorie baptisée « La vallée de l’étrange », un autre roboticien japonais, Masahiro Mori, a énoncé le principe selon lequel plus un robot ressemble à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses. Pour au contraire inspirer de l’empathie, les fabricants travaillent avec des designers, des graphistes, des psychologues. Asimo ressemble à un cosmonaute. Nao et Pepper sont de petite taille.

Cédric Vasseur est, en revanche, plus critique pour Sophia, un robot humanoïde mis au point par Hanson Robotics. Elle a connu son heure de gloire ces derniers mois en parcourant les plateaux TV et en obtenant la nationalité saoudienne, une première pour un robot. De l’aveu même de l’un de ses créateurs, Sophia n’est peut-être pas une vraie « Intelligence Artificielle » mais une « vraie » œuvre d’art. (Source : The Verge).

La voiture autonome, unsummum de complexité

Plus que ces robots humanoïdes bipèdes, le summum de la complexité est, pour Cédric Vasseur, la voiture autonome. Pour appréhender son environnement, elle est bardée de capteurs, de caméras et surtout d’un lidar. Cet appareil émet un faisceau laser et en reçoit l’écho permettant de déterminer la distance qui sépare un véhicule d’un autre. « Il existe très peu de spécialistes de la technologie lidar ». La voiture autonome doit ensuite analyser in situ les données collectées pour prendre une décision en quasi temps réel face à un obstacle ou un danger.

La plupart des robots ne sont pas intelligents, rappelle Cédric Vasseur. Ils accomplissent des taches basiques comme les automates industriels qui soulèvent des charges lourdes ou répètent à l’infini la même action. Avec le concept de cobotique (robotique collaborative), on fait toutefois un pas en avant dans l’intelligence. « Le cobot a besoin de comprendre son environnement pour ne pas blesser l’humain à côté de qui il travaille. Il est capable de réduire sa vitesse lente à l’approche d’un homme et d’accélérer la cadence si ce dernier s’éloigne. »

Cédric Vasseur est plus sceptique, en revanche, sur le potentiel de développement à court terme de la robotique de service et plus particulièrement celle dédiée à l’assistance aux personnes âgées et dépendantes. « Le problème porte sur la mobilité, la capacité d’un robot à se déplacer de façon autonome dans un logement, un hôpital. Autre difficulté : la qualité de la reconnaissance vocale en environnement bruyant. » Certains cas d’usage ont toutefois montré leur pertinence. « Un robot peut entrer en interaction avec des enfants autistes. Il fera preuve d’une patience et d’une bienveillance infinies en étant capable de répéter mille fois la même phrase. » En Ehpad, le bébé phoque robot Paro, que l’on caresse comme un chat, rassure les résidents souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Cédric Vasseur

Cédric Vasseur ORSYS

Formateur, conférencier, chroniqueur spécialiste des nouvelles technologies liées à la robotique et à l’Intelligence Artificielle. Auteur de nombreux projets liés à l’IA et la robotique dont BeepAI, une Intelligence Artificielle multiplateforme capable d’apprendre à programmer par elle-même. Il travaille depuis plus de 15 ans sur de nombreux projets industriels, R&D, en tant qu’analyste-programmeur, responsable de département informatique, consultant-formateur, conférencier, chroniqueur et animateur d’événements liés aux nouvelles technologies.

Lire/relire les deux premiers épisodes de notre série « PROJET IA » :

Mener à bien un projet d’Intelligence Artificielle

Avec l’Intelligence Artificielle, l’Homme ne sera pas remplacé mais augmenté !

Pour aller plus loin :

Le Tour de France de l’intelligence artificielle et de la robotique
Cédric Vasseur anime des conférences et des séminaires pour ORSYS sur l’Intelligence Artificielle et la robotique.
■ Robotique, état de l’art, 2 jours (Réf. ROB)    
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